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Bienvenue sur la waaagh!


"Parmis les différentes races qui ornent cette galaxie de chaos et de désolation, on y trouve les orks. Race au passé brumeux et à l'avenir incertain, ils sont l'une des plaie de la galaxie."


Ce blog a été crée par un passionée de l'univers futuriste qu'est warhammer 40000, et fut repris il y à peu par les deux administrateurs de son forum: Zagstruk et Dromar, qui ne pouvaient pas laisser leur blog à l'abandon sans réagir. C'est donc avec un nouveau souffle de vie que le design fut entièrement refait et les articles corrigés/ajoutés/supprimés.


C'est en effet à travers ce blog, mais aussi son forum, que nous tenterons de vous en apprendre le plus possible sur les "peaux-vertes": la race la plus belliqueuse, la plus sauvage, mais surtout la plus fun de tout le 41ème millénaire!


Avec bientôt 3ans, plus de 50.000 visiteurs et des centaines de messages de soutien, vous nous donnez chaques jours l'envie de continuer l'aventure.


Merci à vous tous et rendez vous sur la Waaagh!



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par Témordak


Chapitre I - Affrontements

Le soleil brûlant apparut au sommet de la sombre colline, et le paysage entier fut dès lors inondé de lumière. Sur une crête, marchait vivement et lourdement un groupe d’Orks, constitué de deux squigs, douze grots, quinze boyz et un Nob Ork, un peu plus grand et large que les autres. En toute apparence, ce dernier était le meneur de la bande. En fait, il s’agissait même du chef de clan des Koud’Boul. Et il venait de quitter la jungle avec sa seule garde personnelle…
La terre sur laquelle ils marchaient, c’était celle de la planète Gwarzg, où les Orks avaient débarqué il y a plusieurs années. Et depuis, plusieurs clans orks vivaient ensemble. Ils se tapaient dessus, et surtout ils affrontaient les créatures coriaces et mystérieuses de la jungle, comme par exemple les Kaborz.
Lé Kaborz cé dé gross bête avek dé plum’ rouges, dé gross dents et ki courre vite (cé pars’kelles son’ rouges) et ki en pluss fon mal kan elles nou bouff’ un bras ou aut’choz…

Or, le clan Goff local, dirigé par le Big Boss Zuk Baltrink, abattait en masse les arbres de la jungle, entraînant un dépeuplement des Kaborz, qui voyant leur habitat diminuer, s’en allaient. Cela n’était pas du goût de tous les Orks, et notamment du clan des Koud’Boul, dont le chef, Azug Gwerig, marchait pour aller dire un mot ou deux à son ennemi le Goff…

La compagnie continuait à marcher, à travers les buissons et les sentiers vaseux. Les Squigs bavaient, les gretchins se plaignaient, les boyz grognaient, et Gwerig râlait. Il décida donc de stopper l’avancée pour quelques minutes. Il en profita pour dévoiler à ses boyz son plan finement réfléchi :
« Bon, alor j’vé dirr à l’aut’ Goff k’il arrêt de nou privé de not’ chasse, et si sa march pa, j’lui cass’ la gueule !!! »
A l’évidence, un combat entre les deux chefs de clan aurait lieu...

Peu après, le groupe, constitué d’un squig, de dix grots, quinze boyz et de Gwerig, reprit sa route… Vous l’aurez remarqué, le chef avait profité de cet arrêt pour se défouler et apaiser la faim qui le tenaillait.
Ils continuèrent alors, gravirent la grande colline… Une fois arrivés en haut, ils s’arrêtèrent un instant, et purent apercevoir en contrebas la forteresse de Krak-Terak, domaine de résidence de Baltrink, boss des Goffs de cette planète. Elle était construite autour d’un petit mont rocheux, faite d’un empilement de palissades, de tours et de cabanes. Elle était très différente de ce que construisaient les Koud’Boul, eux qui vivaient dans la jungle.
Les esclaves grots étaient épuisés. Des boyz, ainsi que Gwerig, en lancèrent quelques-uns en avant, pour qu’ils redescendent plus vite. Les autres furent tout de suite plus en forme, visiblement, et commencèrent à descendre le versant en courant. Les Orks suivirent d’un pas lourd. Et très vite, ils rattrapèrent les petits esclaves. La plupart avaient dégringolé sur une cinquantaine de mètres, pour atterrir dans un massif de buissons épineux. L’un d’eux commença à geindre :
« Aïe ! Keskeu safé mal… »
« Ferm’la !!! Tum’ kass lé kou***[censured] ! » hurla Gwerig.

« [Schprouaf !] ».

Cela, c’était le bruit de la massue du boss s’écrasant sur le grot.

Finalement, les Orks retrouvèrent quatre grots en état. Gwerig décida de les abandonner : ils représentaient un boulet trop encombrant et lourd à porter. Les esclaves virent là une libération heureuse et inespérée. En fait, ils n’avaient aucune chance de rejoindre le camp vivants.

Les boyz et leur chef, toujours suivis par un squig d’attaque agressif, pénétrèrent ensuite dans le périmètre des Goffs. Ici et là, des bandes de grots s’affairaient, couraient dans tous les coins. Au bas de la colline, de hauts tas de débris surplombaient le sentier. La compagnie voyait des gretchins en sortir des moteurs, des pièces en tout genre, pour les emporter vers de grandes tentes, près de la forteresse. Vers la gauche, près des abords de la jungle, des grues primaires renversaient des arbres un à un. Les troncs étaient transportés par truks vers Krak-Terak, où ils serviraient à la construction de nouveaux engins…
Une patrouille Goff vint à la rencontre du groupe de visiteurs. Le Nob à leur tête commença à aboyer :
« Kes’ke vou fêt’là, vou zot’ ? » Il observa les vêtements colorés et bariolés des inconnus, avant de déduire : « Z’êt pad’not clan, vou zot’ ?! ».
« Nou on é lé Koud’Boul, é on veu voar vot’ chéf vit’fé ! » annonça puissamment Gwerig.
Le Nob Goff hésita, puis leur donna l’ordre de les suivre. Ce qu’ils firent, non sans agitation…

très près par de nombreux gardes orks. Des roues de métal tournaient bruyamment, des soufflets gonflaient, des machines fumaient, crachaient des flammes… Gwerig regardaient toute cette activité avec étonnement, ainsi qu’une certaine admiration. Il remarquait que tout ceci dépassait allègrement les expériences techniques de son propre clan. Et curieusement, cette idée le rendit furieux.
Ils grimpèrent dans une gigantesque cabine de fer, qui commença ensuite à s’élever dans les airs, tirée par des câbles, eux-mêmes mis en mouvement par quelque mécanisme de rouages. Ainsi, Gwerig et sa garde, accompagnés par les Goffs, atteignirent le sommet du mont, où était construit la citadelle la plus imposante.

Ils furent menés jusqu’à une porte, où un imposant garde leur demanda de déposer les armes avant de pouvoir pénétrer dans la grande salle. Evidemment, cela n’était du goût du chef Koud’Boul :
« J’sui Azug Ub Gwerig, chef du klan Koud’Boul, é j’gard ma massu koik’il arriv’ !!! »

Mais au fait, qui est Azug Gwerig ? Né sur Gwarzg, d’un parent unique spore de champignon (selon certaines sources très informées de l’Imperium), Gwerig a longtemps été un jeune ork modèle, c’est-à-dire fort, bagarreur et brutal. Il accède récemment au titre de chef de clan en écrasant par accident le chef précédent, au volant d’un buggy… Plats préférés : le squig rayé au jus et la langue de Kaborz. Ce qu’il déteste : l’orage sous les arbres et le clan Goff, qu’il juge trop sérieux et trop militarisé. Ambition : devenir un Seigneur de Guerre pour pouvoir massacrer plein de monde…

« [Schprouaf !] »

Cela, c’était le bruit de la massue s’abattant sur le garde Goff.

Les autres ne tardèrent pas à réagir, avec violence. Le squig sauta à la gorge de l’un des adversaires, qui tomba à la renverse, et se cogna la tête contre la grande porte. Gwerig jeta sa massue sur un ennemi, et décrocha le Gros Kikoup qu’il avait dans le dos. Avec cette arme, il commença à trancher les orks de la patrouille, appuyés par ses fidèles suivants. Les murs furent repeints.
Une fois le groupe Koud’Boul débarrassé de cette première nuisance, ils commencèrent à frapper la porte métallique de toutes leurs forces (et Gork sait qu’ils en avaient beaucoup). L’obstacle ne résista pas longtemps, et les deux battants se fracassèrent. De l’autre côté, il y avait une grande salle, au sol pavé et aux murs faits de tôles. Du haut plafond pendaient des cordes, au bout desquelles étaient accrochées des masses de viande de squig séché. Au milieu de la salle, attendait un gros et grand Ork à la peau sombre, entouré d’une quinzaine de gardes du corps. Il s’agissait de Zuk Baltrink, le chef des Goffs de Gwarzg, prêt à accueillir les visiteurs, une hache tronçonneuse aux mains.
« Keskeu vou fet’la !? » demanda avec pertinence le boss du domaine.
Et Gwerig répondit : « Fo kon parl’ !!! » L’échange oral était terminé. L’échange de coups commençait. Les deux ennemis foncèrent l’un sur l’autre, et entamèrent le combat. Les autres orks observèrent la lutte, sans intervenir. Après tout, c’était un duel entre chefs de clans. Quand ils auraient terminé leur affaire, alors seulement les autres pourraient s’affronter joyeusement.
La hache tronçonneuse de Baltrink s’abattit à plusieurs reprises sur les épaulières blindées de son adversaire. Celui-ci tentait de riposter d’un coup de kikoup, mais atteignait rarement sa cible. Il commença donc à se déplacer dans la salle. La hache tronçonneuse du grand Goff trancha accidentellement l’un de ses propres gardes du corps, qui était trop exposé. A ce moment, le squig, resté derrière, lui sauta à la jambe. L’animal fut repoussé d’un coup de hache par Baltrink, mais ce fut l’occasion pour Gwerig d’atteindre la tête de l’ennemi. Le kikoup rebondit sur le casque, mais Baltrink fut légèrement étourdi par le choc. Le chef Koud’Boul vit là l’approche de sa victoire. Mais relâchant sa prudence, la hache tronçonneuse ensanglantée parvint à le frapper lourdement à la tête. Et malgré la présence de son casque, la chaîne érafla largement tout le côté droit de son crâne…

Gwerig était à terre, le visage rouge de sang, un œil égratigné. Il avait perdu le duel.
Malgré tout, son adversaire lui laissa la vie sauve. Baltrink n’aurait pas éliminé de la sorte un adversaire ork à sa mesure, bien qu’affaibli et diminué, et il ne constituait pas un rival sérieux.

Lorsque le boss du clan Koud’Boul, Azug Ub Gwerig, eut rejoint son camp dans la jungle, les medikos lui réparèrent le haut du crâne, et lui greffèrent un œil droit bionique. Mais le chef diminué resta affaibli durant des semaines, rongé par l’humiliation et la rancœur.
Les Goffs continuèrent à détruire la jungle et à bâtir un territoire organisé, toujours plus étendu. Durant près d’une année, les Koud’Boul restèrent dans leur jungle, envoyant parfois des bandes assaillir leurs ennemis. Parfois, Gwerig leur envoyait des messages, à bord de bombes vides catapultées, du genre : J’sui Azug Ub Gwerig, chef dé Koud’Boul, é j’ème pa vo maniaires de boyz tro sérieu é mou ! J’sui Azug Gwerig, é kan chré un gran ségneur de guerre, cé moa ki vou umpoz’rai la loa k’fo suivr…

Devenir grand seigneur de guerre, Gwerig ni pensait jamais réellement. En fait, il était incapable de se projeter dans l’avenir, comme la plupart des orks. Pourtant, son destin serait de mener une armée. Et ce destin s’accomplirait bientôt…


Chapitre II - Nous ne sommes pas seuls

Chaque matin, le ciel annonce d’emblée le temps qu’il fera durant la journée. Ce matin-là, à l’aube, un nuage se déroula dans les cieux, et le silence laissa place à un tonnerre de bruits de moteurs grondants. Déjà, il pleuvait des transports impériaux…

Les airs étaient chargés de barges d’atterrissage et de vaisseaux légers, semant des raies de fumée sur le ciel bleu. Partout, dans la jungle, dans les collines, les plaines, courrait les bruits de masses vibrantes frappant la terre, vomissant des escouades entières de soldats de la Garde Impériale. Quelque part, le Commissaire Yental donna l’ordre d’établir un campement. Le Colonel Vondalus envoya à divers endroits des troupes de reconnaissance, puis se retira dans sa tente, où il consulta sa carte, sur laquelle il avait annoté tous les détails stratégiques de son plan.

La planète Jusnic, appelée également Gwarzg, était située dans le même système que le monde humain de Kaln, une colonie minière, que l’Imperium désirait garder entre ses mains. Malgré qu’ils aient vécu tranquilles sur Gwarzg pendant un certain temps, certains clans orks à la puissance grandissante représentait une menace sérieuse pour les humains. Il avait donc été décidé d’en finir avec eux. Le Colonel Vondalus, dont le régiment était établi dans un système voisin, s’était logiquement vu confier la direction des opérations…

L’officier ressortit de son pavillon, et retrouva le Commissaire Yental :
« Commissaire, annoncez à tous les officiers que la troupe doit se préparer à faire route vers le sud. C’est là que, semble-t-il, le gros de l’ennemi est rassemblé. »
« Très bien. », répondit sombrement Yental.
« Le départ sera sonné dès que les groupes de reconnaissance seront rentrés. », termina le Colonel. Puis il marcha lentement vers sa tente, le regard optimiste. Il était persuadé d’une chose : le conflit ne durerait qu’une ou deux semaines…



La sueur perlait sur son front. L’air de la jungle était lourd et oppressant. Tout autour, la pénombre dégageait un sentiment de danger. Le sergent Guldt fit s’arrêter ses hommes, et sortit sa carte de son veston. Il l’étudia une ou deux minutes, visiblement soucieux. Puis il annonça à la quinzaine de soldats qui l’accompagnaient :
« Bon, on fait d’mi-tour. On s’est suffisamment empêtrés dans cette foutue forêt. De toute façon, ‘y a rien par ici… »

Les hommes poussèrent tous un profond soupir de soulagement, et le groupe se mit en marcher dans la direction opposée, sous la chaleur étouffante. Guldt marchait hâtivement, contournant les flaques de boue et les buissons de fougères.


Quelques minutes passèrent. Le groupe ne disait mot, et se contentait de marcher.


Le silence envahissant les mettait mal à l’aise…

« [Clap ! ] »

Le sergent se retourna promptement. Quel était ce bruit ?

Il s’agissait de l’un des soldats qui s’était claqué la joue. Les moustiques les accompagnaient… Guldt souffla. Ils continuèrent.

« [Clap !] »

Cette fois-ci, le sergent ne regarda pas derrière lui. Pourtant, un cri de douleur long et terrible se fit entendre, suivi d’appels de soldats, de coups de feu… Le sergent Guldt stoppa net. Derrière le groupe, s’enfuyait vivement une créature qui lui était inconnue. Il s’agissait d’un grand oiseau de couleur rouge, haut de trois mètres environ, doté d’un long cou et d’une mâchoire vive et imposante. La bête s’était approchée des hommes sans se faire repérer : sans doute s’était-elle laissée tomber d’un arbre. Elle avait attaqué le soldat situé en queue de l’escouade, et celui-ci gisait désormais étendu sur le sol humide. Il avait été sévèrement mordu, et le bas de son abdomen était recouvert de sang. Il pleurait. Il hurlait. Guldt s’accroupit à côté du blessé, et lui chuchota quelques mots. Il détacha sa propre veste de camouflage, laissant apparaître son uniforme bleuté, et la déposa sur le corps souffrant. Se relevant, il dégaina son pistolet. Et tendit son bras armé vers son compagnon d’armes.

Il tira deux coups.
Le ciel s’assombrissait chaque minute davantage. Bientôt, le soleil s’échappa derrière une colline verdoyante, et les ombres envahirent le campement impérial.

Le commissaire Yental supervisait les ultimes préparatifs. Les soldats faisaient débarquer les chars blindés, principalement des tanks Leman Russ. Ici et là, les escouades se regroupaient, les sous-officiers briefaient leurs hommes, et attendaient que l’ordre de partir soit enfin donné.
Yental, lui, attendait le retour des hommes du sergent Guldt. C’était là le seul groupe de reconnaissance qui ne soit pas revenu au camp. On avait tenté de le joindre par radio, en vain. Qu’avait-il pu arriver durant leur mission ?
Le commissaire savait que le colonel s’impatientait. Les troupes devaient partir au plus vite. Il décida donc d’ordonner le départ. Il parcourut le camp, donnant un ordre à chaque officier qu’il rencontrait. Puis, il se dirigea vers la tente de commandement.

« Eh bien ? Les hommes sont-ils prêts à faire route vers les territoires ennemis ? » lança sèchement Vondalus.
« J’ai annoncé le départ. Seul manque à l’appel le groupe de reconnaissance du sergent Guldt, Colonel. »
« Tant pis, vous retrouverez peut-être ces imbéciles par la suite. Ne traînez pas, Yental. L’effet de surprise est certainement notre principal atout, et nous devons absolument le conserver entre nos mains. »
« Tout à… »
Le commissaire ne termina pas ces mots, car un homme pénétra soudainement dans la tente. Il s’agissait du sergent Guldt. Sa longue veste bleue était ensanglantée, et son visage exprimait une grave amertume. Il salua ses supérieurs, avant de déclarer :
« Pardonnez-moi, mon Colonel. Mes hommes et moi avons été retenu dans cette fout…(hem) dans cette jungle. J’ai perdu trois soldats sur le terrain aujourd’hui. »
« Que dites-vous ? » demanda Yental, stupéfait.
« On a été attaqués par de grosses et féroces créatures, Commissaire. Elles rôdent dans la jungle, et aussi à la lisière des forêts. »
Le commissaire se tourna vers le colonel Vondalus :
« Il ne faut pas approcher de la jungle. Inutile de perdre du temps à combattre de simples bêtes. Je propose que votre garde déplace ce camp davantage dans la plaine, mon Colonel. Nous sommes ici trop proches des arbres. Quant à moi, j’accompagne maintenant les soldats vers la zone ork. »

Une quinzaine de minutes plus tard, les soldats en uniformes bleus et les tanks sortirent en rangs du campement. Seuls y restaient le Colonel Vondalus, et quelques hommes de sa garde. Le Colonel dirigerait les opérations à partir de là, tandis que ce seraient le Commissaire Yental et le Lieutenant-Colonel Enris, qui commanderaient les hommes sur le terrain.
Le Colonel, lui, était persuadé d’une chose : le conflit ne durerait qu’une ou deux semaines…


Une journée entière s’écoula, pendant laquelle la grande armée impériale, étirée sur deux ou trois kilomètres, monta des collines et descendit dans de sombres vallées. Vers midi, l’armée se divisa en deux groupes, l’un dirigé par Yental, l’autre par le lieutenant-colonel Enris. Chacun fit route vers une direction différente. Ils se retrouveraient au front.
L’air était toujours aussi chaud et pesant, mais les soldats de la Garde le supportaient sans trop de difficulté. En revanche, la fatigue se fit sentir parmi les rangs, et à la fin de la journée, le Commissaire fit stopper sa colonne dans une grande plaine. L’endroit était idéal, et de toute manière, la nuit allait tomber.
Yental fit informer le Colonel Vondalus de cette halte par radio. Les soldats s’activèrent, et chacun avait une tâche parfaitement prédéfinie. Des tentes furent installées, de minces tranchées creusées autour du camp. Une tourelle de fortune fut bâtie en vitesse sur une petite hauteur : une sentinelle y veillerait toute la nuit.
Le soleil se coucha. En deux heures à peine, l’immense campement fut terminé. Après le repas, qui n’était d’ailleurs pas des plus fameux, la grande majorité des hommes s’en alla dormir dans des espaces aménagés prévus à cet effet. Le sommeil était vital, car le lendemain, ils affronteraient les Orks. Cela, tous le savaient.



« Mon Colonel, réveillez-vous, nous avons intercepté une liaison radio ennemie. »


Vondalus marcha avec hâte vers la tente où travaillait l’officier-radio. Celui-ci écoutait attentivement, bien que fatigué, les sons qu’émettaient son appareil de communication. D’étranges paroles orks sortaient du haut-parleur :
« Boouarrh, cé koi c’truk ? Gé entendu d’drôl deu brui là-d’dan… Zorhbag, vien voar !»

Le colonel murmura avec mépris : « Mais que nous veulent donc ces abrutis de plantes vertes dégénérées ? »
« Boarh, sa r’comenss ! Y’a kelk’un ki parl ? »
Vondalus décida de ne rien répondre.
« Zorhbaaaag !!! Vien, j’te di ! Ché pa ki parl, mé cé louch kom truk… Koi ? Non, ché pa s’keu sé… J’enten un brui bizarr’… Cé p’têtr lé Goff ? Eh, lé Goff, cé vou ? Arrété d’nou nargué, band’ de grotz ! Baltrink, vien te battr’, si té un ork ! On va t’envoiyé dé karkplouf sur ta gueul’, sale merde deu squ… skiz… krik… zhhz…»
La communication était coupée.

Vondalus resta perplexe durant quelques secondes, avant de dire à son officier-radio :
« Il y a quelque chose d’étrange par ici. Prévenez Yental et Enris qu’un conflit interne semble opposer des orks entre eux. Qu’ils se méfient. »



A quelques dizaines de kilomètres de là, le commissaire Yental sortit de sa tente personnelle. Il ne parvenait pas à dormir. De toute façon, il dormait habituellement très peu. Il marcha lentement, respirant profondément l’air frais. Il n’avait pas toujours l’occasion d’évoluer dans un air sain et naturel.
Tout autour de lui, des centaines d’hommes dormaient, à même le sol, étalés dans le camp, sur toute la plaine.
Yental retira sa casquette noire. Il savoura le silence. Ce silence qu’il appréciait tant depuis sa précédente campagne… L’officier chassa des souvenirs pénibles de son esprit, et continua de marcher tranquillement.

Tout à coup, un bruit faible et lointain se fit entendre. Le son d’une explosion. Yental tourna son regard vers le ciel obscur. Les hommes du lieutenant-colonel Enris avaient-ils rencontré des ennemis ?

Une autre explosion se fit entendre dans le sombre lointain. Dans le camp, quelques hommes se réveillèrent, et se levèrent.

Un objet siffla dans l’air, loin au-dessus d’eux. Yental se dirigea d’un pas plus rapide vers la tourelle d’observation, à quelques centaines de mètres de lui. Les soldats, qui s’alertaient les uns les autres, se levaient, l’arme à la main.
Un autre sifflement, plus proche cette fois-ci, se fit entendre. Quelque chose retombait sur le camp. Les soldats commencèrent à paniquer. Yental regarda avec stupeur en l’air : la chose retombait sur lui. Il n’eut que le temps de crier : « A couvert ! »

Mais c’était trop tard. La masse inconnue retomba lourdement sur le sol, et dans un éclat, fit exploser son contenu. Yental fermait les yeux. Sa mort était venue…



A la base, l’officier-radio apporta le dernier message reçu au colonel.

Allô, base, ici Enris. Signalons étranges bombardements à l’est de notre position. Il s’agit de bombardements d’origine ork, très certainement. Le bruit n’est pas semblable à un obus impérial classique. Essayons d’entrer en contact avec les hommes de Yental. Terminé.

Le colonel resta plongé dans ses pensées… Il n’aimait guère les surprises, et celles qui semblaient s’annoncer le préoccupaient.


Chapitre III - Des chasseurs sachant chasser...

Non.


Non, il n’était pas mort. Pas encore. Yental ouvrit les yeux, et souffla péniblement. Il n’y avait pas eu d’explosion. Pourtant, il avait senti quelque chose.
Des projecteurs furent allumés, plongeant le camp entier dans la lumière. Devant lui, il n’y avait pas de cratère, pas d’obus, rien.
Cependant, le sol était recouvert, sur plusieurs dizaines de mètres carrés, d’une substance visqueuse et gluante, de couleur bleue. Le commissaire Yental en était lui-même recouvert. Plusieurs hommes s’approchèrent du lieu d’impact, et s’écrièrent :
« Bon sang, qu’est-ce que c’est ? »
L’officier répondit, étonné :
« On dirait… de la peinture bleue !? »


...............


Au plus profond de la grande jungle, sous les arbres immenses, s’étendait une cité gigantesque, assemblage chaotique de planches de bois, formation de huttes primitives et de passerelles grinçantes. Des Grots y couraient ici et là, déplaçant de lourdes charges de matériaux divers. Dans les cabanes les plus larges, quelques mékanos testaient leurs inventions les plus improbables.
Du haut d’un talus, un grand Ork, arrosé par le soleil de midi, admirait le travail de sa horde.

De longs mois s’étaient écoulés depuis sa défaite face au Seigneur Baltrink. Néanmoins, Azug Ub Gwerig ne renonçait pas à son désir de chasser son ennemi et toute sa suite hors de ces terres.

Le sombre Ork grogna. Il avait faim. Si seulement ses congénères n’avaient pas laissé s’échapper les dodus squigs de leur enclos ! Même si Gwerig n’était pas un grand amateur de viande d’élevage, désormais, l’alimentation manquait. Il fallait aller à la chasse.

Le chef de clan descendit du monticule, et rejoignit la bande qu’il avait pris soin de rassembler plus tôt. Se trouvaient là quelques boyz et ses plus fidèles compagnons, à savoir ses Nobs de garde, dont le brutal Témordak Koup’Hadak, ainsi que le médiko Dok’ Arzung Pikouz. Ils étaient accompagnés de quelques grots, que Gwerig feint d’ignorer.
Après un petit discours solennel (« Boar on va chairché kek’choz à bouffé pour tou l’mond ! »), le chef mit en route la petite compagnie.

La bande pénétra joyeusement dans la pénombre des grands arbres, et marcha quelque temps dans la boue. Ils cherchèrent quelque chose à se mettre sous les crocs. Pour les grots, ce n’était plus nécessaire: la boue qu’ils avalaient leur suffisait amplement.
Les orks n’étaient finalement pas mauvais chasseurs : ils écrabouillèrent des mouches et des moustiques, écrasèrent quelques serpents, broyèrent quelques porcs-épics bleus et autres misérables mammifères poilus. Mais Gwerig avait l’intelligence de percevoir la nécessité d’une prise plus constitante.

Après une heure de marche dans la jungle, la bande s’arrêta net. A environ cinquante mètres devant eux, une imposante bête rouge se débattait avec le cadavre pourrissant d’une vieille proie.
Le chef ork murmura : « Un Kaborz ! »
Il n’y avait jamais pensé, mais plus qu’une simple créature de divertissement, le kaborz représentait un nourrissant repas. Il fallait donc attraper ce fameux gibier.

Gwerig chuchota de sa voix rauque : « Fo l’atrapé ! Alonz-y doussemen san fér deu brui ! » Les orks avancèrent d’arbre en arbre, aussi silencieusement qu’ils le purent. Les grots, eux, restaient derrière, trop effrayés par la créature.

« Waaaaaghh !!! » Le boss ork n’avait pu réprimer un cri d’excitation. Il fonça à vive allure vers sa proie, une lourde hache à la main.

Mais le kaborz s’était enfui. Il faudrait visiblement employer une autre méthode.


La bande ork, dont certains membres voyaient leur patience sérieusement entamée, marcha encore un moment, à la recherche d’un autre animal.
« Là ! Un kaborz, fo k’on l’atrap’ sett foi ! »
Une créature rouge buvait l’eau d’une mare, au cœur d’un petit ravin qui se trouvait cent mètres plus loin. Gwerig fit signe aux autres de s’arrêter, et mit un genou à terre. Il sortit l’automatik qui était accroché à son épaisse ceinture de cuir, et visa avec précaution. Il fit feu.

C’était raté. L’ork avait mal visé, et le kaborz avait pris ses pattes à son cou.

Durant tout le reste de la journée, la bande tenta d’abattre un tel animal à plusieurs reprises, sans aucun succès. Toutes les tentatives échouaient lamentablement. Un grot eut le pied arraché par un piège improvisé, deux autres restèrent coincés dans un filet de lianes. Finalement, Gwerig se demandait s’ils chassaient toujours la même créature, ou bien s’ils avaient rendu visite à tout le bestiaire des environs. Dans tous les cas, à ce rythme, il serait difficile de nourrir tout le clan de cette façon… Il était d’ailleurs étrange que ces kaborz soient si effrayés, eux qui attaquaient parfois les ateliers du camp des Koud’Boul.

Il faudrait employer une autre méthode.

La petite compagnie revint au camp, bredouille et lasse. A la fin de la soirée, tous les grots pleurnichaient, et les orks grognaient, Azug Ub Gwerig le premier.

Le lendemain, il pleuvait. Mais Gwerig était de bonne humeur, à la grande joie de ses petits servants. Gork et Mork lui avaient inspiré une idée, et il en était très satisfait.
Pour mangé, fodré plin deu kaborz, mé cé dur d’en atrapé un seul. Un kaborz, cé un truk k’a dé plum’, donk cé un oizo. Hé lé zoizo sa pon dé zoeu !
Il fallait trouver un œuf. Il fallait trouver un nid.

Le chef des Koud’Boul prit sa lourde hache tronçonneuse, et réunit à nouveau les Nobz à son service, ainsi que des boyz et quelques gretchins en état de marcher. Témordak Koup’Hadak, l’un des plus fidèles serviteurs de Gwerig, prit la parole :
« Boss, on va enkore alé chairché dé kaborz dan la foré ? Yer, sa a pa été tré top, koi… »
« Nan, on va pa chassé, on va piqué sé zoeu, ha ha… », ria violemment le maître ork.
« A bon, mé j’èm’po lé zoeu moa, é hu nomeulett’, sa renpli pa leu ventre ! »
Gwerig gronda :
« Têt’ deu grot ! Cé pa pour bouffé lé zoeu ! Mé dan lé zoeu y’a dé kaborz peti, é apré, sa fé dé kaborz gran ! »

Evidemment, les Orks ne sont pas de brillants ramasseurs d’œufs. Trouver un nid représentait déjà une tâche qui leur était difficile. Après quelques heures de recherche dans la jungle verte, l’un des boyz du groupe de chasse eut l’excellente idée de regarder un instant vers le ciel. Il vit alors, à de nombreux mètres vers la cime d’un arbre, une masse rouge nettement visible.
« Boss, y’a un truk rouge la-hô ! »
Le groupe s’arrêta, et Gwerig recula de plusieurs pas, pour scruter à son tour vers le haut des arbres. Et il s’aperçut que son acolyte disait vrai :
« Ouai, y’a un truk rouge la-hô ! »
« Doi t’y avoar un ni la-hô », remarqua Dok’ Arzung.
« Fodré alé voar… », dit un autre.


Minute de silence.

« On pouré balanssé un grot pour fér tonbé le ni ? » suggéra un Nob. A cet instant, les grots qui accompagnaient la bande prirent peur et se firent encore plus petits qu’ils ne l’étaient. Gwerig répondit gravement :
« Nan, cé tro dur deu visé, un grot sa fé k’bougé… »


Autre minute de silence.

« On pourré fér tonbé l’arbr’ ? » demanda le brutal Témordak.

Le boss finit par dire : « Hé, mé cé une bonn’ idé ! » Il s’avança vers le tronc de l’immense feuillu, et, mettant en marche la chaîne de sa hâche tronçonneuse, la planta avec force dans l’écorce. Il commença à scier l’arbre avec patience.
Un cri aigu se fit soudainement entendre en hauteur. Et une créature rouge atterrit dans une volée de plumes au milieu des guerriers orks. Malgré la surprise de la bande verte et quelques morsures infligées aux boyz, le kaborz ne résista pas longtemps aux coups de kikoup’. L’animal s’écroula lourdement sur le sol humide.
« Bin voala, on a chopé un kaborz ! » dit fièrement Dok’ Arzung.

L’arbre tomba rapidement lui aussi. Il fit même davantage de dégâts que la créature, puisqu’il écrasa deux grots dans sa chute.
« Imbéciles d’esclaves ! »
Le tronc s’étendait désormais sur la terre, sur quelques dizaines de mètres. Les orks s’avancèrent pour découvrir ce qui restait du nid tant espéré. Un amas de branches sèches abritait un tas de petites bestioles capturées : des petits serpents à la peau bleutée, de grosses grenouilles violettes… Au centre d’une litière de plumes et de racines, Gwerig pouvait voir des œufs blancs, dont seuls quelques-uns avaient été explosés par le choc. Les Nobz prirent alors eux-mêmes les cinq œufs restants (Les confier à des grots aurait été beaucoup trop risqué)…

De retour au camp, les œufs furent placés dans l’ancienne hutte aux squigs, et l’on attendit, durant quelques jours, l’éclosion. Les bébés qui apparurent étaient plus dociles que leurs parents sauvages, et les Orks, avec l’aide de grots sacrifiés, n’eurent aucun mal à les domestiquer. Les oiseaux grandirent vite, et se reproduirent plus rapidement encore. Après quelques mois d’élevage intensif, et parallèlement de diète imposée (l’alimentation de la tribu étant depuis quelque temps plutôt restreinte), le clan des Koud’Boul disposa d’un respectable troupeau de kaborz.

Azug Ub Gwerig apprit beaucoup à propos de ces bestiaux.

Lé Kaborz cé bon, avek une sosse cé enkor’ meyeur !

Un ork peu monté sur un kaborz. O débu sa fé mal sur la têt’, mé apré on tomb’ plu.

Un kaborz sa peu servir deu squig deu chass’. J’sui sur ke ce s’ré éfikass’ kontreu sé foutu Goff !

Lé kaborz ador just’ boufé dé truk bleu ! Mêm’ k’ils z’on attaké la rézèrv’ deu pintur bleu… Nou on é vert, alor on a pa tro de problém’ !


Après des semaines, les Orks Koud’Boul et les Kaborz cohabitaient parfaitement. Les deux espèces s’étaient habituées l’une à l’autre. Gwerig l’ignorait encore, mais ses nouvelles créatures auraient un rôle primordial dans les évènements à venir…


Chapitre IV – Cé pa kom nou...

Le vent sifflait à travers les branches des plus hauts arbres. Le ciel était chargé de lourds nuages gris. L'air annonçait qu'une tempête se préparait, et le grand chef ork le sentait au plus profond de ses os. Gwerig n'accordait aucune importance à la pluie, comme tous ceux de son clan. Pourtant, ce jour-là, il était préoccupé. Quelque chose se préparait, il le savait. Et ce n'étaient pas les bruits de tonnerre entendus à l'aube qu'ils lui feraient croire le contraire...

Le chef Koud'Boul, chaque jour plus sombre et plus imposant, était debout, entouré de sa compagnie de suivants. Face à lui, un misérable ingénieur mékano tentait maladroitement de lui exposer sa dernière invention: une vulgaire masse de métal, affublée d'une demi-douzaine de larges tubes, disposés en éventail.

« Kes'ke cé k'sa ? » interrogea gravement Azug Ub Gwerig à l'inventeur tout excité.
« Cé t'une lansseuz' deu kikoup' , Boss ! Lé tub' son reulié à dé boîtes plain'deu mini-kikoup'. Avek sa, on peu envoyé plun d'kikoup' sur lé z'ennemis, é sa peu fér tré mal. Pluzieur d'mé grotz son déjà mor avek sa... »
Gwerig regardait amèrement l'inquiétante machine. Ces derniers temps, il avait encouragé ses ingénieurs à créer des machines de combat plus évoluées. Mais celle-ci ne l'inspirait guère. « Montr' moi sa ! », dit-il.

Tandis que les autres s'écartaient des canons, le joyeux mékano sauta vers ce qui semblait être l'arrière de la machine. Il actionna une maigre manette, et la furieuse arme vibra. Des étincelles parcoururent des circuits de toutes parts, des tuyaux dégagèrent des flots de fumée noire. Les tubes sifflèrent, projetant des lames, par rafale, vers les arbres. L'invention se mit à tourner soudainement sur elle-même, provoquant une peur panique parmi les esclaves présents dans la petite assemblée. Les orks eux-mêmes furent pris pour cible. Affolé, le mékano, voyant sa démonstration prendre des allures de cauchemar, désactiva la machine. Mais déjà des gretchins étaient étendus sur le sol, et quelques boyz regardaient leur corps ensanglanté, traversé par les vives lames. L'un des nombreux projectiles avait éraflé le bras gauche du chef de clan lui-même. Gwerig gueula : « Boooaaarrr !!! », ce qui signifiait un évident mécontentement.

Le mékano fautif fut achevé de quelques coups de hâche, et la machine détruite sur ordre du chef.
« Netoillé moa tou sa, sal' grotz ! » ordonna-t-il aux esclaves encore vivants. Il s'adressa plus calmement à ses gardes du corps : « Envoyé dé boyz fouété cé foutu mék' ! J'veu d'la machine é pa d'la brikol deu grotz ! »

Alors que Gwerig rentrait seul vers sa hutte, il entendit des cris de frayeur de l'autre côté du campement. Il s'agissait sans aucun doute de gretchins, apeurés pour quelque obscure raison. Mais rapidement le chef fut rejoint par Témordak, son premier Nob, qui l'avertit :
« Boss, sé z'inkapable deu grotz on laissé s'échapé dé kaborz ! »
« Booôôoaaarrr !!! »
Mais ce n'était pas si grave, pensa aussitôt le chef Koud'Boul. Après tout, la tribu possédait désormais une importante réserve de ces créatures, et la perte de quelques-unes n'avait que peu d'importance.

Les cloches sonnèrent aux quatre coins du camp, indiquant l'heure du déjeuner des grands orks. Les esclaves et les guerriers de moindre importance mangeaient bien évidemment à part, chacun de leur côté. Azug Gwerig et ses gardes, eux, se faisaient servir. Et on leur servait de la chair de Kaborz, bien entendu.

Le chef allait prendre la parole quand, soudain, plusieurs rafales résonnèrent au plus profond des arbres. Les orks se levèrent, interloqués. Gwerig tentait de réfléchir. Il n'y avait pas de patrouille Koud'Boul dans la forêt.
Mais alors, qui avait tiré ?

Les guerriers verts entendirent d'autres tirs, loin d'eux. Azug était furieux. Quelqu'un avait violé son territoire. Le pire, c'est que cela se produisait à l'heure du repas...

« Cé pa un n'ork, sa... »

Le chef Koud'Boul et quinze de ses orks étaient rassemblés autour d'un corps, étendu sous les arbres. Ils n'avaient jamais vu telle créature. Elle était plus maigre et plus pâle qu'un ork. Elle était rose, surtout, et recouverte de vêtements déchirés. Arzung Pikouz', le Dok', plongea sa puissante main griffue dans la boue, et ramassa une longue veste de couleur bleue.

La bande éclata de rire.

Néanmoins, cette découverte tracassait Gwerig. A quelques mètres de là, reposait un cadavre semblable. Témordak retourna le corps d'un coup de pied. Là encore, une énorme morsure parcourait l'abdomen du mort.
« D'où k'ell vienn' cé choz' ? »
« J'sé pa, mé cé nouvo é il z'ont dé z'arm' ! » répondit le médiko fou. Il tenait un fusil, fraîchement trouvé près de là.
« Boôôoaaarr... Bon, on rentr' o can é on s'prépar' à s'battr' ! Cé p'têtr lé Goff ki nou z'envoi cé mercenèr ! Ben il von voir s'ke cé k'la colèr dé Koud'Boul ! »

Alors qu'ils repartaient tous, Témordak Koup'Hadak vit, près de l'arbre le plus proche, un petit appareil, surmonté d'une mince tige métallique, et recouvert de feuilles. « Cé koi sa , Boss ? »
« Ché pa. Donn'moa sa ! » Gwerig remua l'objet, et décida de l'emporter. Tous rentrèrent au camp rapidement.

Alors que la nuit tombait, l'agitation envahit la cité de bois des Koud'Boul. Les gretchins courraient partout. Certains gravirent les échelles des plate-formes de guet pour y installer des canons. Des mortiers-catapultes, qui avaient auparavant servi à transmettre des messages, furent dégagés des hangars. Les boyz s'équipèrent, installèrent des palissades autour du campement.

Azug Ub Gwerig supervisait les préparatifs. Il savait que l'ennemi s'apprêtait à tenter quelque chose. Ce serait la première fois. Ce serait la première grande bataille dans la vie du chef. Cette idée l'emplissait d'ardeur et d'impatience.

En attendant le combat, le chef se retira dans sa grande hutte. Il jeta son équipement contre la paroi, et s'installa sur son maigre et inconfortable lit de feuilles mortes.
« Qui êtes-vous ? » demanda une voix inconnue, derrière lui.
L'ork se retourna brutalement, et dégaina son automatik'. Il n'y avait personne d'autre dans l'habitation. Seuls deux de ses gardes gardaient l'entrée, dehors. Gwerig comprit après quelques instants que la voix venait d'un appareil qu'il avait balancé contre le mur avec son équipement : l'appareil qu'ils avaient découvert quelques heures plus tôt dans la jungle.

« Boouarrh, cé koi c’truk ? Gé entendu d’drôl deu brui là-d’dan… Zorhbag, vien voar !»
L'un des gardes orks fit passer sa tête par l'ouverture de la hutte : « Koi, Boss ? »

« Mais que nous veulent donc ces abrutis de plantes vertes dégénérées ? » continua la voix de l'appareil.

« Boarh, sa r’comenss ! Y’a kelk’un ki parl ? » Gwerig s'agitait face à la radio. « Zorhbaaaag !!! Vien, j’te di ! Ché pa ki parl, mé cé louch kom truk… »
« Cé koi , sa fé koi là ? » demanda calmement le garde.
« Koi ? Non, ché pa s’keu sé… J’enten un brui bizarr’… » Azug pensa alors à son ennemi, Zuk Baltrink. Tout était lié. « Cé p’têtr lé Goff ? Eh, lé Goff, cé vou ? Arrété d’nou nargué, band’ de grotz ! Baltrink, vien te battr’, si té un ork ! On va t’envoiyé dé karkplouf sur ta gueul’, sale merde deu squig ! »
[Shcrak !]
La radio était en miettes. Par colère, le chef ork avait abattu sa hâche sur l'appareil.


Azug Ub Gwerig, chef du clan Koud'Boul, n'allait pas laisser cet affront impuni. Il devait réagir. Le grand ork saisit son équipement, et sortit avec précipitation, accompagné de ses gardes du corps. Il marcha en vitesse, de passerelle en passerelle, de plate-forme à une autre, tout en réfléchissant à la stratégie qu'il fallait engager. Il n'était pas question de déserter le camp pour donner l'assaut de la base ennemie. Son armée n'était pas à son avantage dans la plaine, et l'armée Goff était peut-être déjà proche. Il décida qu'il allait frapper à distance.

Il rencontra un chasseur, à qui il donna l'ordre de faire tirer les mortiers lobbas qu'il avait en charge. Mais celui-ci refusa : « Mé Boss, si on tire, avek lé arbr' là-ho, ça va pété... »

Gwerig fut déboussolé par cette observation. Car alors que pouvait-il faire, sans craindre d'exploser les immenses troncs qui encadraient son environnement ? Il commença à courir vers le coeur du camp, à la recherche du Dok' Pikouz', le moins idiot de tous ses conseillers. Il contourna les larges enclos de l'animalerie, qui contenaient de nombreuses créatures, des squigs les plus immangeables jusqu'aux fameux kaborz.

C'est alors qu'une idée fabuleuse germa dans son esprit, comme une cascade dont la première goutte d'eau aurait été fournie par les dieux. Il donna des ordres aux éleveurs, rassembla des esclaves et des guerriers, qui devraient transporter la plupart des bêtes des enclos. Témordak vint en vitesse :
« Kesk'on fé, Boss ? »
« On va balancé d'la pintur' bleu sur lé Goff, é apré on balanss' dé kaborz. »
Témordak comprit l'astuce de son supérieur, ce qui ne fit qu'augmenter le respect qu'il avait pour lui.

Des gretchins saisirent des dizaines de créatures squiggoïdes lourdes et inoffensives, puis ils les menèrent près de grands containers, où ils les remplirent de peinture. Les squigs, sur le point d'exploser, furent placés sur des assiettes métalliques et chargés, à l'aide de petites grues, dans les canons.

Gwerig observait le travail avec satisfaction. Au son des premières détonations, il se mit à rire nerveusement. Ses ennemis, eux, ne riraient pas longtemps...


Dimanche 18 septembre 2005
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